Wheelchair Basketball
Parasports Québec est fière de nommer Cindy Ouellet Personnalité du mois de septembre 2026, peu de temps après le nouveau podium obtenu avec l’Équipe du Canada lors des Mondiaux d’Ottawa.

Championne du monde, six fois paralympienne, capitaine de l’équipe canadienne, scientifique, entrepreneure et engagée pour une pratique sportive plus inclusive : il est difficile de résumer en quelques lignes le parcours de Cindy Ouellet.
Pourtant, près de vingt ans après ses débuts avec l’équipe nationale, la Québécoise continue d’écrire son histoire et avec elle, celle du parasport québécois. En 2026, elle a notamment mené l’équipe du Québec vers un quatrième titre national féminin consécutif, confirmant une fois de plus qu’elle demeure, à 37 ans, l’une des joueuses les plus influentes de son sport.
Des terrains québécois avec les Gladiateurs de Laval vers les plus grands rendez-vous internationaux, c’est avec la même détermination que la native de Rivière-du-Loup poursuit ses ambitions, en basketball en fauteuil roulant comme ailleurs, 20 ans après ses débuts.
Retour sur le parcours exceptionnel d’une jeune femme qui a choisi de prendre en main tout ce qu’elle deviendrait.
– Propos recueillis le 5 octobre 2026 – Photo portrait : Mission Photographie
Rebondir et retrouver sa place : des débuts en parasports jusqu’aux terrains les plus prestigieux
Native de Rivière-du-Loup et aujourd’hui installée à Québec, Cindy est sportive depuis son plus jeune âge. Ski alpin, soccer, hockey, golf : le mouvement occupe déjà une grande place dans son quotidien lorsqu’un sarcome d’Ewing, une forme de cancer des os, vient bouleverser son quotidien à 12 ans.
Après son cancer, le retour à l’école s’accompagne d’intimidation. Mais c’est finalement le sport qui lui permet de retrouver un environnement sain dans lequel évoluer. Une physiothérapeute lui fait découvrir le parasport et, en 2005, à 15 ans, elle participe à sa première compétition au Défi sportif, en paranatation. Elle s’essaie aussi au para-athlétisme avant de chercher un sport correspondant davantage à son goût pour la vitesse et l’action. La Québécoise se familiarisera également avec le paratennis, le surf et la boxe adaptés, le ski paranordique, le golf et le vélo adaptés, entre autres.
Mais le déclic est immédiat lorsqu’elle découvre le basketball en fauteuil roulant.
Ce qui la séduit ?
« J’aime la vitesse et l’intensité. C’est un sport physique, avec beaucoup de contacts. Mais ce que j’aime le plus, c’est l’équipe. Personne ne gagne seule. » déclare-t-elle.
Forte de cette esprit et de son goût pour les sports, elle progresse à une vitesse fulgurante. Si bien qu’à seulement 18 ans, dès 2007, elle remporte l’or avec le Québec aux Jeux du Canada et intègre la même année l’équipe nationale féminine senior. Ce n’est qu’un an plus tard qu’on la retrouve sur le terrain de ses premiers Jeux paralympiques, à Pékin. Une expérience inoubliable pour la jeune Québécoise.

« La première fois que je suis entrée sur le terrain de basketball, le stade était plein à craquer. Je n’oublierai jamais ce moment-là. C’est là que j’ai compris que je vivais mon rêve. »
Les Jeux de Pékin 2008 sonnent le début d’une carrière exceptionnelle aux Jeux paralympiques pour Cindy qui devient un élément indispensable à son équipe aux Jeux de Londres 2012, Rio 2016, Tokyo 2020 et Paris 2024 en basketball en fauteuil roulant. Mais la résidente de Québec va plus loin et devient la première Québécoise de l’Histoire à avoir concouru aux Jeux d’été et d’hiver, lorsqu’elle se présente en ski paranordique lors des Jeux de Pyeongchang 2018 après avoir rejoint l’équipe nationale l’année précédente. Au total, la Québécoise compte ainsi à son actif six participations aux Jeux paralympiques.
À cette polyvalence exceptionnelle s’ajoute un palmarès remarquable en basketball en fauteuil roulant, marqué notamment par un premier podium mondial à seulement 21 ans aux Championnats du monde de 2010 puis par un titre de championne du monde en 2014 à Toronto, devant le public canadien.
Et c’est également devant le public canadien, 12 ans plus tard que Cindy et l’équipe canadienne ont frôlé l’exploit et ont livré un combat exceptionnel en finale des Championnats du monde 2026 d’Ottawa, offrant au Canada son premier podium mondial depuis le sacre de 2014.

« Jouer ces Mondiaux à la maison, ça change tout. La foule était avec nous, nos familles étaient dans les estrades. Et on a construit quelque chose avec l’équipe, ça s’est vu sur le terrain. Vivre ces deux médailles au Canada à deux moments si différents de ma carrière, ça me rappelle tout le chemin parcouru.»
C’est en effet un chemin bien riche que celui de Cindy. Parmi ses performances hors-normes qui démontrent toute la force et la régularité de son équipe, on note aussi les 6 fois où elle se hisse en finale des Jeux parapanaméricains avec les Canadiennes : dès sa première année de sélection en 2007, en 2011, 2015, 2017, 2019 où elle remporte l’or, et en 2023.
Avec sa contribution essentielle au sein de l’équipe, la Québécoise est élu six fois Athlète féminine de l’année par Basketball en fauteuil roulant Canada et se voit intronisée à son Temple de la Renommée dès 2014, à seulement 25 ans.
Dans la Belle province et à travers le Canada : gagner, mener et transmettre
Naturellement menée à performer à l’échelle internationale par ses performances, Cindy est toutefois restée profondément liée au basketball québécois.
Athlète de longue date des Gladiateurs de Laval avec qui elle obtient notamment le titre national en 2018 et plusieurs titres de club vice-champion de la Ligue canadienne les années suivantes, Cindy est nommée parmi les athlètes étoiles de première division en 2022, 2023, 2024 et 2025.
Avec l’Équipe du Québec, la native de Rivière-du-Loup se fait l’atout d’une génération de jeunes femmes dont la domination devient incontestable au Canada : l’Équipe féminine du Québec termine championne lors des 4 dernières éditions du Championnat national (de 2023 à 2026) avec des accomplissements remarquables pour Cindy qui est notamment nommée Joueuse la plus utile des Championnats en 2024 et qui emmène le Québec vers la victoire avec 24 points marqués et huit rebonds dans le match pour l’or lors du Championnat 2026.

En marge de ces performances, Cindy n’a jamais délaissé l’importance de guider ses coéquipières et de puiser sa force dans le collectif, avec un leadership assumé depuis sa nomination comme capitaine de l’équipe nationale. Une position qui a fait évoluer sa vision du jeu.
« Je ne vis plus le sport de la même façon. Je regarde moins ma propre performance et plus ce que l’équipe est capable de faire. Je veux que chaque joueuse sache qu’elle a sa place, qu’on se parle franchement et qu’on se fasse confiance. Plus que de montrer l’exemple, il est aussi question d’écoute. Je cherche à comprendre ce dont chaque joueuse a besoin» explique-t-elle.
Et lorsque qu’on interroge Cindy sur ce qu’est une bonne capitaine, sa réponse vient sans hésitation :
« Être une bonne capitaine aujourd’hui, c’est être là dans les bons moments comme dans les plus durs.
C’est garder l’équipe ensemble. C’est aussi savoir laisser la place aux autres.»
Mais même avec ses 20 ans d’expérience au plus haut niveau et son recul sur sa position, la motivation et l’ambition de Cindy demeurent intacts comme au premier jour :
« J’aime encore ça. J’aime m’entraîner, j’aime mon équipe. Je veux aussi aider les plus jeunes à prendre leur place avant de passer le flambeau. Mais je sens qu’on n’a pas fini. Je regarde vers Los Angeles 2028 et je veux monter sur le podium paralympique avec cette équipe-là. »
Un engagement qui dépasse le basketball

Si la carrière sportive et la passion de Cindy pour l’activité physique occupent une place immense dans sa vie, Cindy n’a jamais voulu choisir entre ses différentes passions. Au contraire, elle a bien fait le choix de poursuivre tout ce qui l’aiderait à devenir ce qu’elle voulait être.
Elle poursuit aujourd’hui un doctorat en neurosciences à la Faculté de médecine de l’Université Laval, où elle travaille sur la récupération motrice après un accident vasculaire cérébral. Elle étudie notamment la possibilité de réactiver des neurones ayant survécu autour d’une lésion en combinant cette intervention à de l’entraînement moteur. Son ambition à plus long terme est d’effectuer un postdoctorat, de devenir professeure et de diriger son propre laboratoire pour aider les gens à retrouver leur motricité après un AVC.
Ce doctorat prolonge un remarquable parcours universitaire entamé en 2009 à l’Université de l’Alabama, où elle réalise un baccalauréat en sciences de l’exercice puis une maîtrise en physiologie de l’exercice, tout en poursuivant sa carrière de basketteuse. Elle étudie ensuite en génie biomédical à l’University of Southern California avant de revenir au Québec.
Et sa volonté d’agir et de faire une différence dépasse encore le laboratoire.
Cindy est également conférencière et travaille chez Evo Concept, l’entreprise familiale qu’elle a cofondée et qui conçoit et fabrique des équipements sportifs adaptés afin de permettre aux personnes ayant une limitation fonctionnelle de pratiquer une activité physique avec du matériel correspondant à leurs besoins.
Son expérience personnelle avec l’intimidation l’a par ailleurs aussi poussée à agir pour créer un environnement plus inclusif et sécuritaire pour les générations suivantes. Ambassadrice de Sport’Aide, elle intervient notamment auprès des jeunes et participe à différents projets de sensibilisation.
« Je sais ce que ça fait d’être mise de côté parce qu’on est différente. […] Je veux qu’aucun jeune n’ait l’impression de ne pas avoir sa place dans le sport. »
Avec ce message et sa volonté de poursuivre son engagement en faveur de l’inclusion et des athlètes, on retrouve également Cindy aux conseils d’administration du Comité paralympique canadien (comité culture et EDI), celui de la Société des Jeux du Canada 2027 à Québec et à celui du Grand Théâtre de Québec.
Des implications qui répondent toutes au même objectif : contribuer concrètement à faire avancer l’inclusion et se servir de toute la force de son parcours pour faire une différence en faveur de l’équité, du sport sécuritaire et de l’accès au haut niveau.
Choisir d’aller plus loin
L’action de Cindy Ouellet sur le terrain des parasports et en dehors est riche et n’a pas manqué d’être saluée à travers les années : Personnalité sportive féminine canadienne de la dernière décennie (Sports Québec, 2021), membre de l’équipe d’ambassadeur·rices de l’Esprit sportif du Ministère (2019), nommée parmi les 20 femmes sportives du siècle au Canada par Égale Action et décorée par la Médaille du roi Charles III (2025), on ne compte plus les distinctions qui font de Cindy une personnalité incontournable du sport québécois, avec son palmarès hors-normes.

Mais derrière la basketteuse, la skieuse, la scientifique, l’entrepreneure, la conférencière et la leader, quel est le fil conducteur ..?
De son témoignage et de sa persévérance, on le comprend : c’est le choix.
Celui de ne pas laisser les épreuves décider de la suite. Celui de continuer à essayer. Et celui d’utiliser le chemin parcouru pour faciliter celui des autres.
« Je ne suis pas ce qui m’est arrivé. Je suis qui j’ai choisi de devenir. Sur le terrain, en recherche, en affaires, dans mes conférences ou avec Sport’Aide, j’essaie toujours d’ouvrir des portes pour que d’autres puissent faire ce choix aussi.»
Près de vingt ans après son arrivée avec l’équipe nationale, son parcours pourrait déjà se raconter par ses nombreux titres. Mais au plus profond du travail accompli, toutes les réussites qui sont les siennes, au-delà des épreuves, ne sont devenus des victoires que parce qu’elle en a fait le choix.
Le choix de s’en sortir et de devenir l’actrice de son propre récit.
«Dans la vie, on vit plein d’épreuves, autant positives que négatives. Mais ce ne sont pas ces épreuves-là qui nous définissent. Ce qui compte, c’est ce qu’on décide d’en faire, qui on décide de devenir. Les parasports m’ont aidée à faire ce choix-là. Essaie. Tu ne sais pas encore ce que tu es capable de faire.»
Plus de vingt ans après avoir choisi d’aller plus loin, Cindy Ouellet n’a assurément pas fini de découvrir jusqu’où ce choix peut la mener.
