Jimmy Pelletier, un monde à parcourir au service de l’inclusion

Person of the Month

Parasports Québec est heureuse de nommer Jimmy Pelletier Personnalité du mois d’octobre 2026, alors que le Québécois poursuit la route de son projet phénoménal de Tour du monde en vélo a main. Un projet qu’il veut profondément humain, axé sur la performance mais avant tout sur la solidarité.

Natif de la Baie-Comeau, Jimmy Pelletier demeure dans la région de Québec depuis près de 30 ans. À 19 ans, un accident de voiture bouleverse sa vie, le laissant paraplégique. Accueilli en réadaptation à l’IRDPQ, il apprend à vivre avec sa nouvelle réalité. Trente ans plus tard, le voici athlète paralympique, conférencier et organisateur de la Randonnée Jimmy Pelletier, un événement rassembleur dont la 11e édition, en juin prochain, sera toute particulière. Elle accueillera le retour du Québécois après un Tour du monde de près de 40 000km à travers plus de 24 pays, pour continuer de repousser les frontières du possible et le faire en faveur d’une cause : l’autonomie et l’inclusion des personnes en situation de handicap, en soutenant la construction du futur Complexe Adaptavie.
Une aventure humaine hors-pair portée par un parcours tout aussi exceptionnel que le Québécois nous raconte de ses propres mots.

L’histoire sportive de Jimmy Pelletier

 Quand as-tu découvert le sport adapté? Qui t’a encouragé et initié?

«J’étais encore dans ma chambre d’hôpital quand j’ai vu Dean Bergeron avec sa médaille des Jeux paralympiques d’Atlanta, en 1996. Cette image m’a marqué. Ça a été un véritable déclic pour moi.

À Québec, Pierre Pomerleau m’a ensuite initié à l’athlétisme en fauteuil roulant. Il m’a pris sous son aile et j’ai commencé à m’entraîner avec le groupe, notamment avec Dean. Ces personnes ont beaucoup compté dans mes débuts.»

Jimmy Pelletier en compétition ©Jimmy Pelletier

Quelle a été ta première compétition en parasport?

«Ma première course en fauteuil roulant a été un 10 kilomètres au Défi sportif, à Montréal, six mois après mon accident. Par la suite, j’ai terminé troisième de ma catégorie aux American Series, à Atlanta. C’était une très belle performance pour moi, et j’en étais vraiment fier.»

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans le vélo à main?

«Après ma carrière d’athlète en compétition, j’avais envie de continuer à m’entraîner, tout en m’occupant de ma famille et en redonnant au suivant. Je voulais laisser de côté la recherche de résultats pour mettre mon énergie au service des autres», déclare-t-il.

«Les grands défis à vélo à main me permettent de continuer à me dépasser, de découvrir de nouveaux paysages et de partager l’aventure avec les gens qui m’accompagnent. J’y retrouve le plaisir de rouler, tout en faisant du bien autour de moi. C’est devenu ma motivation.»

Jimmy Pelletier en compétition ©Jimmy Pelletier

Quel est ton plus grand résultat? Que retiens-tu de ton parcours avec l’équipe nationale et aux Jeux paralympiques?

«Réussir mes standards pour les Jeux paralympiques de Turin, en 2006, demeure ma plus belle victoire. Je ne pratiquais pas le ski paranordique depuis très longtemps. Faire partie de l’équipe canadienne et aller compétitionner en Europe, c’était déjà incroyable.»

«Peu avant les Jeux, j’ai terminé deuxième aux Championnats nationaux de France en ski de fond. Monter sur ce podium, pour moi, c’était « wow »! Mais avoir gagné ma place aux Jeux paralympiques, c’est quelque chose que je vais garder toute ma vie.»

«J’ai aussi fait partie de l’équipe canadienne de paracyclisme et participé à plusieurs Coupes du monde. Le sport m’a ainsi permis de représenter le Canada dans deux disciplines différentes.»

Jimmy aux Jeux paralympiques de 2006. Photo : larandonneejimmypelletier.com

Jimmy aux Jeux paralympiques de 2006 |©larandonneejimmypelletier.com

Jimmy traverse la Tanzanie, en route vers le Kilimandjaro ©Jimmy Pelletier

Quelle différence le sport adapté a-t-il faite dans ta vie?

«Le sport m’a redonné confiance en moi. Il m’a aussi permis de rester en forme, ce qui est très important quand on vit en fauteuil roulant. Cette confiance a changé beaucoup de choses dans ma façon de voir mes possibilités.»

Peux-tu raconter ton ascension du Kilimandjaro en vélo de montagne adapté?

«Je connaissais Chris Waddell, qui avait déjà fait cette ascension. Nous avions même couru l’un contre l’autre en athlétisme en fauteuil roulant. À cette époque, je voulais relever un grand défi tout en amassant des fonds.»

«En 2018, l’ascension a duré cinq jours, jusqu’à 5 895 mètres d’altitude. C’était incroyable, mais extrêmement exigeant. Tout devait être prévu, jusque dans mes besoins les plus quotidiens, comme le transport d’une toilette. Une grosse équipe m’entourait pour rendre tout ça possible. J’ai trouvé cette expérience surhumaine, autant pour l’effort que pour toute l’organisation.»

Jimmy traverse la Tanzanie, en route vers le Kilimandjaro ©Jimmy Pelletier

Un projet solidaire exceptionnel : le Tour du Monde

Quel est l’objectif principal derrière ton Tour du Monde et comment l’idée est-elle née?

«Le Tour contribue au financement du futur Complexe Adaptavie, à Fleur de Lys, à Québec, dans le cadre du projet de Pôle santé. L’objectif est d’offrir des espaces adaptés pour pratiquer des activités physiques et accéder à des services qui favorisent l’autonomie des personnes en situation de handicap. C’est pour elles que nous amassons des fonds.»

«L’idée m’est venue en 2019, à la fin de ma traversée du Canada, de Vancouver à Halifax. Je me sentais tellement bien que j’ai dit à ma conjointe, Manon Bélanger, qui pédalait avec moi, que je me voyais continuer à faire le tour du monde. Manon a fait le choix de mettre son travail de côté pendant deux ans pour m’accompagner au quotidien. Nous avons ensuite développé le projet avec Mario Légaré, directeur général d’Adaptavie et chef de mission du Tour. Nous travaillons ensemble depuis la création de la Randonnée en 2015.»

Jimmy et sa compagne Manon ©Jimmy Pelletier

En chiffres, que représente ce Tour du monde ?

«Le projet représente 40 000 kilomètres à vélo à main, dans 24 pays, sur cinq continents, en 24 mois. Il est divisé en 13 grandes étapes. Nous sommes partis le 27 juin 2025 et l’arrivée est prévue le 26 juin 2027. À la fin d’octobre 2026, je prévois avoir parcouru près de 26 500 kilomètres.»

«Selon les étapes, nous visons environ 400 à 500 kilomètres par semaine. Je le vois comme un grand marathon : même quand on se rapproche de la maison, on revient à la journée qu’on a devant nous.»

Quelle étape vous a le plus marqué·es jusqu’à présent ?

«Pour Manon et moi, c’est l’Australie. Les grands espaces, les kangourous, les koalas, les oiseaux… Par moments, on avait l’impression de traverser un immense zoo à ciel ouvert. Nous avons aussi longé l’océan sur une longue distance. Rouler au milieu de tous ces paysages, avec cette nature autour de nous, c’est un des grands plaisirs que nous avons partagés là-bas.»

«Il y a aussi eu la randonnée en France avec 16 cyclistes : un moment collectif extraordinaire dans le Tour. Au-delà des paysages, il y a les pays, les cultures et les rencontres qui font toute la richesse de cette aventure.»

Quels défis le Tour représente-t-il sur les plans physique, humain et logistique?

«Physiquement, c’est un défi immense, mais je suis agréablement surpris de voir à quel point mon corps et mes bras répondent bien. Ce qui est particulièrement exigeant, c’est l’aspect psychologique. Le projet prévoit deux ans loin de chez soi. Au moment de cet entretien, le 22 octobre 2026, nous avons déjà habité dans 270 hébergements. Il faut changer constamment d’endroit pour dormir et recommencer à s’adapter. On n’a plus ses repères ni le confort d’une maison aménagée pour soi.»

«Une marche, une porte trop étroite ou une salle de bain mal adaptée peuvent compliquer les gestes les plus simples et m’obliger à demander de l’aide. Sur la route, il faut rester vigilant avec les automobilistes et les camionneurs. Cette concentration, ajoutée à la météo et aux conditions de circulation, représente une vraie fatigue mentale.»

«Et la journée ne se termine pas quand je descends du vélo : je dois aussi préparer les parcours et réserver les prochains hébergements. Et le lendemain, on recommence. Manon est à mes côtés dans ce quotidien, avec les bénévoles qui se relaient pour nous accompagner. Leur aide compte autant dans les gestes concrets que dans notre capacité à avancer ensemble.»

Comment se terminera ton Tour du Monde ?

«Nous terminerons le Tour avec la 11e Randonnée Jimmy Pelletier, du 24 au 26 juin 2027. Pour ces 400 derniers kilomètres, de Rivière-du-Loup à Québec en passant par Montmagny, je serai accompagné de 110 cyclistes et de 40 bénévoles. L’arrivée aura lieu le 26 juin à Fleur de Lys.»

«Terminer entouré de toute cette équipe va nous donner une énergie incroyable. Eux aussi auront leur défi à relever, et nous vivrons cette arrivée ensemble.»

«J’ai créé la Randonnée en 2015, avec l’accompagnement de Mario Légaré. Depuis, près de 500 cyclistes ont participé à au moins une édition. Quand je pense à tous ces gens qui se sont engagés avec nous, je vois tout ce qu’on a semé au fil des années. La Randonnée finance les programmes et les services réguliers d’Adaptavie, tandis que le Tour contribue au financement du futur Complexe. Ce sont deux engagements complémentaires que nous allons réunir pour cette finale.»

Un exploit inspirant pour une grande cause

Pourquoi l’accessibilité te tient-elle autant à cœur?

«Sur la route, je vois à quel point elle varie d’un pays à l’autre. Quand un endroit n’est pas adapté, je pense aux personnes en fauteuil roulant qui y vivent tous les jours. Pouvoir sortir avec sa famille, voir ses amis ou faire une activité, ça devrait être possible pour tout le monde.»

«Quand j’arrive dans un lieu accessible, je sens tout de suite la différence : je peux être plus autonome. Ça me fait du bien de pouvoir sortir et profiter de la vie avec mes proches. Au Québec, nous avons de bons acquis, mais il reste des choses à améliorer. L’accessibilité doit être pensée dès le départ dans les nouveaux aménagements pour permettre aux gens d’être autonomes.»

Pourquoi as-tu choisi Adaptavie?

«C’est Dean Bergeron, un ami proche et un mentor pour moi, qui m’a fait connaître Adaptavie. Je voulais amasser des fonds pour acheter des équipements de sport adapté, et Dean m’a donné le numéro de Mario Légaré. Je l’ai appelé pour lui proposer mon aide. Au départ, Mario était curieux et un peu sceptique, mais il a rapidement compris que j’étais sérieux dans ma démarche. C’est ainsi que notre collaboration a commencé.»

«Cette cause me touche directement. Je suis en fauteuil roulant et je sais ce que l’aide et les équipements adaptés peuvent changer dans le quotidien d’une personne. Au fil des années, j’ai vu les services d’Adaptavie se développer et ce que nos efforts apportent aux personnes accompagnées. C’est ce qui me donne envie de continuer avec cette équipe.»

De quoi es-tu le plus fier quand tu regardes ton parcours?

«Je suis fier d’avoir osé, de m’être adapté et d’avoir persévéré. Mais au bout du compte, ce ne sont pas les médailles, les trophées ou les honneurs que je vais retenir. Ce sont les centaines, voire les milliers de personnes en situation de handicap que j’aurai contribué à aider, avec Adaptavie et tous ceux qui s’engagent à nos côtés, à maintenir ou à améliorer leur autonomie au quotidien. C’est ça qui donne un sens à tout ce que je fais.»

Quel message aimerais-tu transmettre aux jeunes vivant avec un handicap qui te voient réaliser cet exploit?

«Prenez le temps de vous adapter à votre réalité. Ne vous comparez pas aux autres : inspirez-vous des gens autour de vous, mais avancez à votre rythme. Donnez-vous des objectifs, prenez soin de vous et continuez à rêver, sans oublier de vivre le moment présent.»

«Depuis mon accident, j’ai appris à croire en moi et à moins laisser le regard des autres me freiner. Je n’en suis pas arrivé là d’un seul coup : j’ai avancé une journée à la fois, en osant et en m’adaptant. Pour moi, c’est ça, « Tout est possible ».

Parasports Québec félicite Jimmy Pelletier pour son parcours d’exception et lui souhaite le meilleur pour la suite de son aventure.

Prochaine étape : la route de San Diego à Miami, le 29 novembre.

Share this article