Parasports Québec est heureuse de nommer Personnalité du mois d’avril 2026 une figure du basketball en fauteuil roulant québécois qui a su faire de sa passion pour le terrain le moteur de son engagement comme entraîneur : Christian La Serra.

Particulièrement impliqué auprès des jeunes, le Montréalais inspire la relève, qu’il accompagne avec conviction vers son plein potentiel, des débuts jusqu’au plus haut niveau. Retour sur le parcours d’un homme de terrain qui incarne les plus belles valeurs du sport et que la transmission anime.

D’une passion pour le terrain, le chemin vers l’encadrement

Christian Laserra

Actuellement impliqué auprès des Mini-Tornades du CIVA, Christian La Serra s’emploie pleinement au développement des jeunes talents. Chargé de projet pour ISN dans le secteur automobile, il n’en perd pas pour autant la passion à temps plein pour son sport, comme le montre toute la variété d’équipes qu’il a rejointes. Au-delà du CIVA, le résident de Richelieu a en effet porté les couleurs de différents clubs : d’abord les Gladiateurs de Laval, puis les Patriotes de Sherbrooke, les Royals d’Ottawa, les Los Angeles Sparks, les Aigles du Sud-Ouest ou encore l’équipe sénior masculine du Québec (pour n’en citer que quelques-uns). Son engagement le fait voyager à travers la province et au-delà, à l’international, lui permettant de se tisser un réseau amical fort avec d’autres passionné·es du milieu.

«Par exemple, j’ai passé une saison avec les Royals d’Ottawa dans la division des Grands Lacs. Je finissais de travailler et conduisait aller-retours à Ottawa 2 fois par semaine. Avec des tournois de 2 jours, 1 fois par mois.» raconte-t-il.

C’est à partir de 1996 que cet engagement fort se formalise, sur le terrain du basketball en fauteuil roulant. Accompagné par des collègues de travail de l’époque à Sainte-Justine, Alain Gamache et Chantal Beauregard, Christian est convié à un Baskethon pour les Gladiateurs de Laval. Tout ce qu’il connaît alors des parasports, c’est le nom de Chantal Petitclerc, l’athlète multiple championne paralympique.

C’est une autre athlète, Chantal Beauregard, alors dans l’équipe provinciale, qui lui demande de faire partie de l’équipe féminine en 2A, alors en quête de joueur·euses de haute classe.

Christian n’a alors aucune pratique avant d’arriver dans la ligue. Il s’entraîne ensuite deux fois par semaine puis cinq fois par semaine quand il joue aux côtés de Montréal, Laval et Sainte-Hyacinthe. Le Québécois court les gyms, tant pour les pratiques que pour les tournois.

Quand on lui demande ce qui le motive tant à s’impliquer, il répond :

«Le côté physique et tactique. Mais surtout le côté familial après les matchs. Où tout le monde est prêt à échanger sur le sport pour que tout le monde devienne meilleur. Apprendre et partager, non seulement des autres athlètes, mais aussi des entraineur·es, officiel·les, arbitres et bénévoles.»

 

C’est en effet ce partage d’expérience au cœur de l’aventure parasportive que Christian valorise, et qui explique le chemin parcouru, en faveur de l’encadrement du sport.

 

Guider la relève et accompagner l’excellence au plus près du terrain

«Je suis un grand croyant de redonner. Le mentorat est essentiel, pour moi. C’est redonner à l’autre ce que ce sport vaut à mes yeux» nous confie Christian.

Entre les démonstrations dans les écoles ou au Défi sportif pour promouvoir le sport et le soutien auprès des joueur·euses pour les encourager à devenir entraîneur·es, la transmission est au cœur de son action.

Christian avec les Mini-Tornades (2025). Photo : Mission Photographie

Christian avec les Mini-Tornades (2025). Photo : Mission Photographie

Et c’est peu après les Jeux de Sydney en 2000 que les choses s’accélèrent pour le Montréalais. Après l’or des Canadiennes aux Paralympiques, l’athlète de l’équipe nationale Sabrina Pettinicchi-Durepos souhaite s’impliquer pour le développement du sport auprès des jeunes, à Montréal. Elle s’emploie alors à créer avec Christian La Serra l’équipe des Mini-Tornades, sous la bannière du CIVA. Une équipe dont l’identité est étroitement liée à la carrière d’athlète de Christian : les couleurs de l’équipe sont alors le gris et le rouge, comme celles de son fauteuil. En hommage à son côté physique sur le terrain, les jeunes votent pour le nom « Tornades ». On doit par ailleurs le logo au joueur Philippe Bureau.

Le Montréalais suit ensuite des formations avec Alain Gamache et Yves Déziel, piliers du basketball en fauteuil roulant québécois.
C’est le début de la riche carrière d’entraîneur qu’on lui connaît aujourd’hui. Entraîneur des Mini-Tornades de 2001 à 2005 (et en soutien de l’équipe de 2005 à 2009) le résident de Richelieu reprend le flambeau en 2024 jusqu’à aujourd’hui, occupant entre temps différentes fonctions centrales : il accompagne l’Équipe provinciale féminine comme gérant, assistant ou entraîneur pendant 5 ans. On le retrouve sur le terrain comme athlète dans les divisions 2A et 3A, également dans l’Équipe masculine du Québec de 2009 à 2012, puis comme entraîneur de 2023 à 2025. Il devient entraîneur-assistant et spécialiste vidéo pour l’équipe masculine canadienne lors du cycle des Jeux paralympiques de Londres, de 2009 à 2012. Depuis 2022, il est également entraîneur-assistant de l’équipe junior canadienne. Le tout en accompagnant son fils Théodore dans la pratique du sport debout.

Si le Montréalais est parvenu à cumuler tous ces mandats dans sa carrière, c’est toujours porté par une passion pour le jeu et une vision orientée autour de la progression et de la consistance.

«Ce qui me plaît le plus, c’est de trouver des solutions pour permettre aux athlètes de performer au meilleur de leur classification. Focus sur le processus, pas sur les résultats. Le résultat vient si le processus est bon. Cela amène pour moi les aspects essentiels du jeu : la défense et l’effort. La défense se joue avec tous les joueurs et avec de l’effort pur et constant», précise-t-il.

En abordant le thème des qualités requises pour être un bon entraîneur, Christian La Serra met en lumière que les compétences attendues ne changent pas entre sport debout et parasport. Il pointe notamment l’importance de s’armer de patience, de répéter les consignes jusqu’à ce qu’elles deviennent des automatismes. Il souligne l’importance de briser les habilités pour mieux les enseigner en section et de le faire avec de bonnes analogies pour fixer les éléments dans l’esprit des joueur·euses, le tout de façon ludique avec les jeunes pour que l’entraînement reste amusant et que venir au gym devienne un plaisir de routine.

Avec cette approche et cette philosophie, Christian La Serra a pu créer avec ses athlètes des moments de sport mémorables qui forgent à jamais leur lien ensemble et forcent l’admiration de toute la communauté.

 

Des moments sportifs forts et la reconnaissance du milieu comme trophée

Dans un parcours jalonné de succès, il est difficile de demander à Christian quel est son souvenir le plus marquant. Les Jeux paralympiques de Londres en 2012, ses 2 Championnats du monde avec l’équipe nationale junior, son rôle d’analyste pour Radio-Canada lors des Jeux de Paris 2024 ou la remise du maillot nº 10 à l’athlète Nicolas Palmer lors de son passage en 2A… le Québécois a l’embarras du choix.

Mais son attachement pour les Mini s’exprime à nouveau lorsqu’il mentionne son expérience des premiers Championnats canadiens à Toronto avec l’équipe, au début des années 2000.

Christian avec les Mini-Tornades (2026). Photo : LP Sports Events

Christian avec les Mini-Tornades (2026). Photo : LP Sports Events

« Après avoir perdu tous nos matchs de façon écrasante, Sabrina [Pettinicchi-Durepos] et moi croyions que c’était fini, que les jeunes ne voudraient plus revenir… mais au contraire, leur motivation était à son plus fort! Le déclic sur les actions et les habiletés que nous leurs avions enseigner étaient finalement compris.»

Seulement deux années après leur première expérience, le processus a porté fruit et le Québec s’est emparé de son premier titre national en 2004.

Christian nomme également les Jeux du Québec en amont de cette victoire où Montréal a remporté l’or contre Québec dans une finale époustouflante livrée notamment par Maude Jacques, Francis Vallée, Carl Pelletier et Élizabeth Déziel. S’en suit la revanche de Québec à Kitchener avec une Cindy Ouellet et un Maxime Poulin inarrêtables. Deux moments marquants pour Christian qui voient ensuite tous·tes ces jeunes jouer ensemble aux Jeux du Canada et remporter l’or pour le Québec.

Le résident de Richelieu mentionne également une fierté et un plaisir grand autour de l’évolution de l’athlète et désormais entraîneur, Nicolas Palmer.

«Je l’avais coupé d’une sélection pour un Championnat canadien chez les Minis en raison du nombre restreint de jeunes que l’on pouvait faire jouer. Nicolas devient lui-même entraîneur pour le Mini et finit son chemin sur l’équipe nationale et avec les juniors aux Jeux du Canada. De lui avoir donné la première chance, de l’avoir vu grandir… quel plaisir!», confie Christian.

Mais au-delà de toute son expérience acquise au Québec et à travers le pays, c’est en 2012 que Christian tire son accomplissement le plus prestigieux de sa carrière.

Christian La Serra tient David Eng dans ses bras aux Jeux de Londres. Photo : J.B. Benavent

Christian La Serra tient David Eng dans ses bras aux Jeux de Londres. Photo : J.B. Benavent

Aux Jeux paralympiques de Londres, menée par le Québécois David Eng comme capitaine, l’équipe canadienne termine invaincue et obtient son troisième et dernier titre paralympique après sa finale remportée face à l’Australie, 64-58. Christian La Serra, entraîneur-assistant nous raconte cette expérience forte en émotions… et en imprévus.

«Vivre ces Jeux était incroyable! Et avec mon chum David Eng, c’était la cerise sur le top! Tu ne réalises pas la grandeur des Jeux tant que tu ne les as pas vécus. Vivre ta passion pendant 5 semaines – préparation incluse –avec des personnes qui veulent la même chose que toi 24h/24, 7j/7, c’est simplement incroyable.»

Christian nous décrit l’avant-match où les équipes canadiennes et australiennes partagent le même corridor avant d’entrer sur le terrain : la tension est palpable, notamment du côté australien, là où l’équipe canadienne paraît plus concentrée, dans sa préparation. Pendant la première mi-temps, un fait de match amène Christian à agir pour sauver le moment :

 

 

«Juste avant la mi-temps, Patrick Anderson brise son fauteuil en pleine finale pour l’or! J’ai sprinté, défoncé la porte du rangement que le physio avait gardé barrée avec la clé avec lui», raconte Christian.

Rien ne devait venir gâcher ce moment fort que les athlètes avaient passé des années à préparer. Et ce travail a porté fruit : de 7e aux Championnats du monde, à 3e aux Jeux parapanaméricains, le Canada à faire taire ceux qui doutaient de leur capacité à récupérer l’or paralympique qu’ils avaient cédé en finale, en 2008 à Pékin.

L'équipe masculine championne paralympique à Londres. Photo : J.B. Benavent

Christian (en blanc, à droite) avec l’équipe masculine championne paralympique à Londres. Photo : JB Benavent / CPC

Ces dernières années, si Christian La Serra n’accompagne plus les seniors de l’équipe canadienne, le Montréalais prouve une nouvelle fois son dévouement au service de la relève en entraînant l’équipe canadienne junior et depuis 2024, les Mini-Tornades du CIVA qui lui sont si chères. C’est encore avec grande fierté et une affection particulière qu’il parle des jeunes qui ont repris le flambeau.

« Je vois leur cohésion d’équipe, leur progression étape par étape, leur plaisir de jouer ensemble aussi. La façon qu’ils ont de s’encourager, de se rendre meilleurs les uns les autres. Ils sont exactement comme les Mini-Tornades originaux qui sont encore à jouer ensemble à l’âge adultes. Ils ont créé une amitié qui traverse le temps. Et en nous rassemblant, je suis fier de constater autour de moi que j’ai déjà entraîné tel et tel personne parmi ces adultes qui forment la communauté ».

C’est cette même communauté qui – à l’unanimité – remet à Christian un trophée de grande valeur : celui de la reconnaissance de tous·tes les athlètes et toutes les familles que Christian a aidé, en partageant sa passion du basketball en fauteuil roulant avec leurs jeunes.

Christian La Serra au banquet des Finales provinciales de Sherbrooke. Photo : LP Sports Events

Christian La Serra au banquet des Finales provinciales de Sherbrooke. Photo : LP Sports Events

« Christian fait de chaque enfant non seulement un meilleur joueur mais une meilleure personne. Il leur apprend la tolérance, l’acceptation des limites de chacun et le dépassement de soi. Il leur enseigne à croire en les autres et en eux-mêmes et ceci est un enseignement pour une vie complète », – Céline Pelland, mère de Bianca et Alex Bougie

 

« Ce coach est bien plus qu’un entraîneur : c’est un humain d’exception, capable de voir la richesse en chacun, peu importe le handicap ou le niveau. Malgré son engagement au plus haut niveau, il offre aux jeunes un développement, une écoute et un accompagnement hors du commun. Mon fils, Aymane, avec sa déficience intellectuelle, a vécu grâce à lui un épanouissement et une évolution remarquables — sans lui, il aurait été contraint d’arrêter depuis déjà deux ans. Il a su créer des opportunités là où il y avait des limites, il transforme les différences en forces et fait grandir chaque jeune avec dignité et confiance. Toute ma reconnaissance et mon profond respect à Christian La Serra, un coach au cœur immense qui change des vies.» – Siham El Maayati, maman d’Aymane

 

«Voilà maintenant deux ans que tu nous entraînes, que tu nous vois nous développer. Tu es si important pour notre développement, en tant que joueurs individuels, mais aussi en tant qu’équipe. Tu nous enseignes le dépassement de soi, le plaisir et l’esprit d’équipe. Nous ne sommes pas une équipe parfaite, mais nous sommes plus forts et plus confiants grâce à tes approches amusantes, tes conseils rigolos et ton envie de nous amener plus loin […]. Tu es toujours là pour nous encourager avec ton calme légendaire et ton sourire […] Merci à toi, notre coach préféré.» – les jeunes des Mini-Tornades, lors des Finales provinciales 2026, après l’expérience partagée des 60e Jeux du Québec à Blainville.

Face à la reconnaissance de toute une communauté, Christian peut être fier de son parcours sportif et humain, qui donnent toute la place à l’expression du talent de chacun·e sur le terrain. Inspirant par ses accomplissements et sa méthode, Christian l’est tout autant par le message qu’il porte aux suivant·tes comme aux parents :

«Trouve ton sport. Pas nécessairement pour la performance. Pour te dépasser, créer des amitiés qui vont outrepasser le temps. Les habiletés que tu pourras développer t’aideront dans la vie de tous les jours. Une vie où petits et grands trouvent une nouvelle fenêtre d’échange, où les parents se créent des amitiés qui défient le temps»

 

Parasports Québec est heureuse et fière de pouvoir collaborer avec Christian La Serra et de le compter parmi ses modèles qui portent dans leur cœur la transmission et la passion du sport au service de tous les jeunes talents. La fédération souhaite le meilleur au Montréalais et a hâte de le retrouver sur le terrain pour d’autres beaux moments de parasports.

Banquet des Finales provinciales 2026 - LP Sports Events

 – J.Robszye