Parasports Québec est heureuse de faire de la championne de rugby en fauteuil roulant Mélanie Labelle, sa Personnalité du mois pour décembre 2025!

Avec sa victoire au 14e Parasports Invitation aux côtés de ses coéquipier·ères de l’équipe Québec 1 mais également avec son implication croissante comme entraîneure et son implication en faveur de la place des femmes dans le sport, la Québécoise continue d’inspirer, tant par ses actions que par ses valeurs. En entrevue pour Parasports Québec, retour sur le parcours hors-norme d’un modèle de la communauté parasportive qui trace la voie de l’équité.

–  Propos recueillis le 13 décembre 2025

Aller au contact pour avancer : l’élan de Mélanie Labelle, de la réadaptation au rugby en fauteuil roulant

Le sport a toujours été au cœur du quotidien de Mélanie Labelle. Sur des skis dès ses 2 ans, en montagne, la Québécoise partait à l’exploration de nombreux sports, encouragée par sa mère. Natation, plongeon, basketball, volleyball puis plus sérieusement à l’université, soccer, ultimate frisbee voire même un marathon … le parcours sportif de Mélanie est riche et démontre toute l’énergie que la native de St-Hubert a en elle.

Plus tard à l’âge adulte, la Québécoise décide de laisser de côté les sports d’équipe et s’aventure dans un cours de danse swing avec l’homme qui deviendra son compagnon de vie. Elle prend rapidement goût à la pratique et décide de vivre cet engouement à 100%, comme elle l’avait fait plus jeune, pour les autres sports.

Mais en 2016, elle chute et se fracture une vertèbre du cou, ce qui atteint sa moelle épinière et la rend tétraplégique. La jeune femme d’à peine 30 ans rentre alors en réadaptation à Montréal où les kinésiologues ne tardent pas à lui parler d’un sport adapté qui pourrait lui correspondre. La discipline dont fait preuve Mélanie, mais également la carrure de ses épaules et son passé d’athlètes dans plusieurs sports sont autant de raisons qui convainquent les professionnel·les de l’établissement de lui présenter le rugby en fauteuil roulant.

La jeune femme ne veut d’abord rien savoir. Elle qui avait pris sa retraite sportive pensait avoir tiré un trait sur cette période de sa vie.

Mais six mois après son accident, lorsque l’équipe de rugby en fauteuil roulant des Machines de Montréal (du Centre d’Intégration à la Vie Active, CIVA) vient en démonstration dans l’établissement, Mélanie a un déclic pour cette discipline inventée par un tétraplégique pour des tétraplégiques et qui a tout pour lui plaire.

« Je ne voyais pas nécessairement la différence de fonction, je voyais juste les possibilités d’indépendance »

« Le centre a fait venir des joueurs comme Alexis Macias, Yanick Racicot, Anthony Létourneau … et puis d’autres athlètes plus vétérans. Ils m’ont fait essayer et je suis tombée en amour : toutes les connaissances que j’avais des sports traditionnels debout, je pouvais les transférer dans ces disciplines pour personnes avec un handicap. Tu passes de quelqu’un d’un peu fragile, avec l’hôpital qui ne veut vraiment pas que tu te blesses davantage – comme si on te mettait dans du bubblewrap à quelqu’un dans une chaise de métal, avec des gants, du ducktape sur les mains, prête à aller au contact. Dès que j’ai vu le plus gros garçon sur le terrain, je suis allé lui rentrer dedans. Ensuite, j’ai ri toute l’après-midi. J’avais eu le déclic. »

Spontanément épanouie sur le terrain, Mélanie Labelle fait alors la rencontre de personnes avec le même handicap qu’elle, mais bien plus autonomes.

« Je ne voyais pas nécessairement la différence de fonction, je voyais juste les possibilités d’indépendance. Je comprends alors que je peux suivre ma réadaptation mais qu’il n’y a pas meilleure école que d’avoir 18 grands frères pour te montrer comment traverser l’hiver en fauteuil roulant. », déclare-t-elle.

Avec cette mentalité et ce nouveau terrain pour se retrouver, c’était pour Mélanie le début d’une grande aventure parasportive compétitive, des terrains montréalais à la scène internationale.

Mélanie Labelle sur le terrain. Photo : WRC/Parasports Québec

Mélanie Labelle sur le terrain. Photo : WRC/Parasports Québec

Faire sa place dans la communauté : une ascension sportive et humaine

 

Ce qui définit le mieux le parcours de Mélanie Labelle, c’est une histoire de croissance et de partage. La Québécoise qui joue actuellement pour son club, pour la province mais également pour le Canada trouve d’abord un ancrage à Montréal, auprès des athlètes du CIVA, le club qui l’accueille. À peine plus d’un an après son accident, la voilà qui découvre le milieu compétitif lors du CIVA Invitation en novembre 2016 puis quelques semaines plus tard, au Parasports Invitation où elle rencontre pour la première fois des femmes avec le même handicap qu’elle. Elle a notamment l’occasion de s’asseoir dans le fauteuil d’Erika Schmutz, première femme à représenter une équipe nationale aux Jeux paralympiques dans la discipline. Mélanie Labelle ressent tout de suite l’alchimie avec laquelle ses semblables sur le terrain partagent leur expérience, échangent des informations comme des ami·es de longue date. C’est également un plaisir pour elle de pouvoir vivre cette expérience dans sa ville, une fois par an, entourée des siens. Elle raconte :

« Avec le Parasports Invitation auquel j’ai participé cette année encore, ce qui est vraiment intéressant, c’est que je peux partager le sport avec des gens que je connais. Notre sport nous amène souvent à pratiquer notre sport à l’extérieur de Montréal, à l’échelle nationale et internationale, là où les infrastructures le permettent. Au Parasports Invitation, je peux inviter mes proches, revoir les chums, les blondes, les mères… toute la communauté, c’est ce qu’il y a de beau à pouvoir jouer, ici. Et peu importe qui je rencontre, il y a tout le temps quelqu’un qui me connaît parce que j’ai joué à l’ultimate frisbee, au soccer. Dans le sport collectif, on crée des liens ensemble. Ce sont des amitiés qui ne meurent pas. On se rencontre dans la rue après des années, et c’est toujours comme si c’était hier. Pour moi, c’est ça, le sport.»

« L’entraînement est le garant de mon indépendance : plus je suis forte, plus je suis agile dans la vie de tous les jours.»

Si l’aspect humain est central dans l’expérience des parasports, Mélanie Labelle nous livre ce qui lui plaît le plus dans la pratique du rugby en fauteuil roulant : sa technicité.

« C’est difficile pour les gens qui regardent le sport pour la première fois de comprendre à quel point c’est un sport tactique, très rapide, très agressif. Le sport peut paraître simple, prévisible mais toute la différence se fait avec la tactique et l’exécution. Cela challenge nos handicaps et je suis capable d’aller chercher un bon niveau de compétitivité dans ma pratique du jeu en travaillant cela.»

Mélanie Labelle en action avec le CIVA et l'équipe provinciale. Photo : Julie Marcotte/Parasports Québec

Mélanie Labelle en action avec le CIVA et l’équipe provinciale. © Julie Marcotte/Parasports Québec

Pour arriver au niveau tactique qu’on lui connaît et opérer la magie qui permet à son équipe d’obtenir les meilleurs résultats, Mélanie Labelle fait preuve d’une grande rigueur à l’entraînement et ne laisse rien au hasard. Pour elle, l’entraînement est le garant de l’indépendance. Il apporte la force requise pour demeurer agile et autonome au quotidien. On la retrouve donc au moins 5 jours par semaine en activité : avec 3 séances de musculation, des sessions sur le terrain dont certaines spécifiques à la technique/tactique, la native de St-Hubert prend également le lead comme entraîneure pour emmener ses coéquipier·ères vers les plus hauts sommets.

Parmi ses succès sur le terrain, l’athlète a récemment remporté avec son club le CIVA Invitation en novembre 2025. Comme membre de l’équipe provinciale, elle remporte avec l’équipe du Québec (1) le 14e Parasports Invitation en décembre 2025 et obtient la médaille de bronze avec la Belle Province aux Championnats nationaux 2024 en Alberta.

Depuis 2019, seulement près de 2 ans après ses débuts en compétition, Mélanie représente le Québec dans la sélection canadienne et se rend dans les plus grandes compétitions avec les athlètes de l’unifolié : elle remporte la médaille d’argent lors des Jeux parapanaméricains à Lima en 2019, également une seconde place à la Coupe internationale de rugby en fauteuil roulant en 2023, toujours avec le Canada.

Si sa situation de santé l’écarte de la sélection canadienne à l’occasion des Jeux paralympiques de Paris 2024, le rôle prépondérant de Mélanie dans l’évolution du rugby en fauteuil roulant canadien est tout de même reconnu par la communauté puisqu’elle se voit inviter dans la Ville Lumière pour accompagner l’équipe dans le tournoi. Une expérience mémorable pour la Québécoise :

« Je n’avais pas pensé à quel point ce serait difficile de vivre ce deuil en tant que joueuse mais ce fut également un grand honneur et une très belle reconnaissance que d’être demandée pour accompagner l’équipe dans ce grand moment de vie que sont les Jeux paralympiques. J’ai vraiment hâte à Los Angeles 2028 pour pouvoir revivre cette expérience, cette fois sur le terrain. »

Plus récemment, Mélanie a réalisé une autre belle performance, avec une résonnance toute particulière : la victoire obtenue en Europe au tournoi international RugbyMania.

Présente dans l’équipe Canada Développement en tant que joueuse d’expérience et en compagnie de différents talents canadiens, la Québécoise a emmené ces coéquipiers de la sélection nationale vers la victoire en novembre dernier. Un titre remarquable pour la seule femme de l’équipe qui se voit récompensée tant pour ses aptitudes sur le terrain que pour son engagement déterminant pour le développement du sport féminin.

L'équipe Canada Développement, victorieuse au tournoi RugbyMania 2025

L’équipe Canada Développement, victorieuse au tournoi RugbyMania 2025. ©WRC

Du terrain au banc, la même exigence : transmettre, et soutenir le collectif

« Assumer un rôle d’entraîneure […], me permet d’améliorer mes actions de jeu […], d’arriver sur le terrain en prenant des décisions sans hésitation. Si on est capable de donner la direction aux autres, on est capable de la suivre soi-même. […] C’est un gros game changer.»

Bientôt 10 ans après son accident, rien n’a terni l’énergie de Mélanie et l’amour du jeu qu’elle a développé au fil du temps. Encore aujourd’hui, elle compte rester active comme athlète le plus longtemps possible et donner l’exemple. Mais quand elle regarde le futur, nous livre-t-elle, la question de sa place dans le sport à un âge plus avancé se pose. La native de St-Hubert, dont la vision tactique du jeu est un atout, s’imagine tout à fait auprès d’une équipe féminine aux Jeux paralympiques de 2032 ou 2036 comme … entraîneure.
Récente lauréate d’une subvention (Game Plan/Coach.ca) pour l’accompagner dans sa formation et participante d’une réunion d’entraîneures dispensée par Parasports Québec à l’Auberge Godefoy pour faire avancer les réflexions sur l’équité et la place de femmes dans le sport dans l’encadrement, l’athlète est déjà bien lancée dans son projet et a toute la reconnaissance du milieu pour remplir ses objectifs pour grandir à la fois comme entraîneure et comme joueuse. Elle raconte :

« Assumer un rôle d’entraîneure en ce moment, ça me permet aussi d’améliorer mes actions de jeu tactiques, apprendre ce que doivent faire mes coéquipier·ères par cœur pour arriver sur le terrain en prenant des décisions sans hésitation. C’est un gros game changer pour aller chercher la victoire. Si on est capable de donner la direction aux autres, on est capable de la suivre soi-même.

 

Dans son combat pour atteindre l’équité dans le sport et rendre accessible le haut-niveau pour tous·tes comme elle a pu le faire à travers les années, Mélanie compte œuvrer au développement des opportunités et soulève les difficultés que les athlètes ont de se développer en parasports du fait du manque d’infrastructures.

Mélanie Labelle s’exprime sur le terrain. ©Mission Photographie

« Sans handicap, si voulais essayer puis apprendre un sport – par exemple, l’ultimate frisbee – je prenais un disque, je sortais dehors et j’allais jouer dans un parc. J’avais toutes les opportunités pour me développer. En parasport, les infrastructures sont primordiales. On parle de gens qui ne sont la plupart du temps pas autonomes et qui peuvent nécessiter une aide conséquente. Cela prend des infrastructures pour créer un contexte de jeu et de développement sportif. Si je veux m’améliorer, je dois pouvoir jouer. Bien souvent, ma réalité, c’est que pour m’améliorer, je dois le faire sans pratique. C’est un peu comme si j’essayais d’intégrer une équipe professionnelle, rien qu’en regardant des vidéos
D’avoir connu cette différence entre le sport traditionnel et le parasport m’a aidé à ouvrir les yeux et encourager la création de nouvelles opportunités. Si je peux juste participer, avoir ce rôle tout en comprenant cet enjeu, je sais que je ferai une différence.»

 

C’est animée par cette vocation de vivre les émotions du sport sur le terrain et en dehors, de défendre un milieu parasportif plus riche en opportunités et en faveur de l’équité et de donner à chaque athlète le courage d’aller trouver le terrain de jeu qui lui correspond que la championne Mélanie Labelle signe son engagement après bientôt 10 ans de parasports. La communauté sportive québécoise est fière de compter sur cette athlète aux multiples casquettes qui incarne en tout point un modèle pour celles et ceux que le sport anime, et aide ou aidera à surplomber les plus grands obstacles. C’est ainsi avec un message fort que Mélanie Labelle invite les suivant·es à se redécouvrir sur la route des parasports :

«Osez essayer! Essayez beaucoup de sports.  Ce n’est pas toujours facile, les environnements ne sont pas toujours sans obstacles. Il faut parfois se faire son propre chemin, être son propre modèle mais au final, les bénéfices dépassent les coûts. Avoir osé suivre ce chemin, tout en m’amusant avec une bande de garçons – certes un peu fous – cela a changé ma façon de propulser mon quotidien, de trouver des solutions dans la vie de tous les jours.
Ouvrez le champ des possibles, allez là où le corps est capable de vous porter. Osez faire l’expérience des parasports

Bravo, Mélanie!

Parasports Québec félicite Mélanie Labelle pour sa carrière des plus inspirantes et lui souhaite tout le meilleur pour la suite, sur le terrain du rugby en fauteuil roulant!