Figure marquante du tennis en fauteuil roulant dans le Centre-du-Québec, Stéphane Daigneault nous a quittés en mars dernier, laissant un immense vide au sein de la grande famille de Parasports Québec.

Quelques mois plus tard, la fédération tenait à lui rendre un hommage bien mérité en le nommant personnalité du mois de juin pour l’ensemble de son œuvre dans le tennis en fauteuil roulant, mais aussi dans le parasport en général.

Stéphane Daigneault vivait avec le spina-bifida depuis sa naissance. Il s’agit d’une malformation présente à la naissance où la colonne vertébrale ne se ferme pas totalement durant la grossesse et qui affecte la moelle épinière de même que les nerfs. Cela n’a toutefois pas empêché Stéphane de vivre une vie active, lui qui a toutefois découvert le tennis en fauteuil roulant beaucoup plus tard, après avoir notamment essayé le basketball en fauteuil roulant.

Un engagement à vie

Extrêmement engagé dans le milieu du hockey à Drummondville, sa ville d’origine, il a reçu le Prix humanitaire Terry-Fox lors de son passage au Cégep de Drummondville grâce à son implication, sa détermination et son altruisme.

Ces valeurs, Stéphane les a conservées tout au long de sa vie et c’est avec celles-ci qu’il s’est donné la mission de faire connaître le tennis en fauteuil roulant dans sa région natale. Il a notamment fondé la Ligue de tennis en fauteuil roulant du Centre-du-Québec en 2016, quelques années seulement après être tombé en amour avec la discipline, à la fin de la quarantaine.

Il a poussé cette volonté de faire découvrir son sport au maximum en 2018 lorsqu’il a pu en faire la promotion lors du Challenger Banque Nationale de Drummondville. Il y avait d’ailleurs invité le paralympien Yann Mathieu ainsi que Jean-Paul Mélo et Jonatan Tremblay, des deux meilleurs joueurs de tennis en fauteuil roulant au pays, mais aussi des partenaires d’entraînement de Stéphane.

Il a également vécu toute une aventure au Stade IGA de Montréal à l’occasion de la Coupe Banque Nationale il y a quelques années, où il a pu échanger quelques balles et discuter avec les vedettes internationales comme Serena Williams et la Québécoise Leylah Annie Fernandez.

Inarrêtable malgré les épreuves

Au début de l’année 2019, de graves ennuis de santé ont énormément ralenti Stéphane.

« J’ai subi une grosse chirurgie. J’ai failli mourir. Ma guérison s’est faite tranquillement pas vite. Je devais rester alité pendant 16 heures par jour », avait-il alors mentionné au journaliste Jonathan Habashi, du journal L’Express, après sa convalescence de trois ans.

Ce n’était toutefois rien pour l’arrêter et certains disaient même que c’était justement le tennis en fauteuil roulant qui lui avait permis de se remettre de cette période difficile. Après sa convalescence, il a repris progressivement les activités avec de la physiothérapie avant de retourner aussi rapidement que possible sur les terrains pour pouvoir frapper quelques balles.

« C’était une vraie passion, c’était toute sa vie. Il ne pensait qu’à ce sport. Grâce au tennis en fauteuil roulant, il était en bonne condition physique et il a passé à travers sa chirurgie, en 2019. Mais c’est l’idée de retourner sur le court qui le suivait chaque instant. Il a dû être alité pendant trois ans, mais aussitôt sorti de l’hôpital et rétabli, il a recommencé à s’entraîner en gymnase et à frapper des balles. Il a participé à un tournoi international à la suite de cet épisode. C’était une personne exceptionnelle et résiliente », a confié Irène Allès, son aidante naturelle à Cindy Dubord de Parasports Québec, le 16 juin dernier.

La passion de jouer

Stéphane Daigneault a d’ailleurs joué avec Irène à plusieurs reprises.

« Il était vraiment fort dans les services et à force de jouer avec lui, je me suis vraiment améliorée aussi. C’était vraiment spécial de jouer au tennis avec lui, ça nous sortait de la routine, ça faisait du bien », a-t-elle raconté en riant.

Quelques mois seulement après son retour à l’entraînement, Stéphane a participé à l’Omnium international de Saint-Hyacinthe, premier tournoi de tennis en fauteuil roulant disputé sur terre battue en Amérique du Nord. Un autre signe de sa détermination et de sa passion pour le sport.

Parmi les autres compétitions importantes auxquelles il a participé, notons sa présence à l’ITF Bourassa Savaria 2024 qui s’est tenu au Stade IGA de Montréal où il a affronté l’éventuel médaillé de bronze de la compétition, l’Ontarien Thomas Venos.

Il était également un habitué du circuit provincial de tennis en fauteuil roulant organisé par Parasports Québec.

Stéphane était passionné de tennis, tout simplement. Il n’était pas rare de le voir se pointer seul aux terrains, à la recherche de nouveaux partenaires d’entraînement, ou simplement pour frapper quelques balles en solo. Il aimait autant la compétition que l’ambiance qu’il retrouvait sur les terrains et il voulait jouer absolument partout et avec n’importe qui. Il a notamment ajouté le tennis virtuel à sa pratique au cours des dernières années, une alternative qu’il adorait lorsqu’il se remettait de petites blessures, notamment.

Il ne se limitait pas non plus aux terrains de Drummondville. Irène raconte également qu’il pouvait se réveiller aux petites heures du matin pour aller échanger quelques balles à Repentigny par exemple, en compagnie de son bon ami Christian Pellerin.

« Il aimait tous ses partenaires et tout le monde le connaissait », a-t-elle conclu.

L’altruisme de Stéphane aura été présent jusqu’au tout dernier moment de sa vie, lui qui a voulu s’assurer de faire don de son fauteuil de tennis à un passionné, comme lui, qui pourrait donner au fauteuil la seconde vie qu’il mérite.

Louis-Michel Lelièvre, Sportcom