Après un passage de trois ans à titre de coordonnatrice sportive, Joëlle Rivard quittera Parasports Québec pour un poste d’organisatrice communautaire chez MEMO-Qc (Moelle épinière et motricité Québec). Qui plus est, l’ancienne paranageuse a récemment fait partie de la nouvelle cohorte qui s’est jointe au conseil d’administration de l’Office des personnes handicapées du Québec (OPHQ). Pour toutes ces raisons, Joëlle Rivard est la Personnalité du mois de mars Parasports Québec.

Un poste de décisions pour plus d’action

Le 10 mars dernier, six personnes ont fait leur entrée au conseil d’administration de l’OPHQ et Joëlle Rivard était du nombre. En entrevue, elle mentionne à plusieurs occasions qu’elle s’est toujours sentie interpellée par les droits des personnes handicapées. À l’OPHQ, elle pourra désormais agir concrètement, mais sur un autre terrain.

« Ça peut aller jusqu’à faire des propositions pour faire changer les lois. Personnellement, c’est super intéressant à mon âge d’être avec des gens de différents organismes. Nous ne sommes pas seulement là pour représenter la déficience physique. Il y a aussi la déficience intellectuelle ou l’autisme. On dit toujours qu’il y a au moins 15 % de la population qui a des capacités physiques restreintes. En travaillant ensemble, on prend conscience que nous ne sommes pas seuls. […]C’est quand la journée où je pourrai entrer partout avec mon fauteuil roulant? Probablement pas de mon vivant. »

Ce nouvel emploi chez MEMO-Qc marquera un retour aux sources pour celle qui a fait son baccalauréat en animation culturelle à l’UQAM.

« J’ai toujours eu l’intérêt que la personne handicapée prenne sa place dans la société au sens large. C’est ce que je ferai au MEMO », souligne Joëlle en riant, ajoutant que ses collègues de Parasports Québec lui manqueront. « Je l’aime cette gang-là et je suis une paralympienne, alors je me voyais-là longtemps. Par contre, la militante en moi revenait tout le temps à la surface et là, je serai payée pour aller faire mon chien de garde », lance-t-elle à la blague.

Le sport, une école de vie

Entrons dans le vif du sujet : Joëlle Rivard a toujours eu le goût de bouger. Dès l’âge de 5 ans, elle a été la première enfant amputée à pratiquer du patinage artistique.

« Plus tard, je faisais tout le temps des fractures de stress à mon pied et je ne pouvais plus patiner. Ma meilleure amie faisait de la natation et j’aimais aller la voir les vendredis. L’entraineur-chef Stéphane Bédard m’a acceptée. » Au club, elle a la chance de côtoyer Guylaine Cloutier, triple Olympienne et spécialiste de la brasse.

Comme Cloutier, Rivard sera elle aussi dans la piscine d’Atlanta en 1996, mais aux Jeux paralympiques. Inscrite à cinq épreuves, elle réalisera un record du monde au 50 mètres papillon S4, mais ne reviendra pas avec une médaille au cou en raison d’une règle qui exigeait un minimum d’athlètes en finale. Une situation qui, heureusement, ne serait plus possible aujourd’hui en raison de la nouvelle réglementation.

Elle a fait un retour à la compétition au début des années 2000, mais petit à petit, Joëlle Rivard a dû apprendre à faire son deuil du sport de haut niveau.

« Ça m’a pris du temps à comprendre que je ne revivrais pas ce niveau d’adrénaline là. Ça n’appartenait qu’aux Jeux et j’ai dû me sevrer de ça. La journée où j’ai fait la paix avec ça, c’était correct. »

Ce recul a mis en lumière à quel point tout était à construire à l’époque en paranatation, ce qui fait d’elle une pionnière. Aujourd’hui, les ressources sont là et les para-athlètes bien plus nombreux.

« Le sport est un moyen d’émancipation et je ne serais pas la personne que je suis aujourd’hui si je n’avais pas eu le sport. Il m’a fait sortir de la jupe de ma mère et m’a permis de développer mon autonomie. […] Je suis entrée dans ce milieu avec une certaine innocence et ce n’est que des années plus tard que j’ai réalisé que c’était moi la première.

C’est avec une fierté bien sentie qu’elle raconte avoir eu la belle surprise de rencontrer 25 jeunes para-athlètes lors d’une présentation qu’elle a faite dans le cadre d’un camp préparatoire de l’équipe du Québec. Jamais elle n’aurait pu imaginer un si grand nombre de paranageurs s’entraîner ensemble lorsqu’elle était athlète.

« Avec l’arrivée de l’INS, les paralympiens ont accès aux mêmes services. Nous n’avions pas autant cette équité à l’époque. C’est un bond incroyable pour les athlètes, ne serait-ce que de pouvoir côtoyer l’excellence, et aussi pour les entraineurs. »

Si Joëlle Rivard a été une pionnière de son sport par accident, c’est en toute conscience qu’elle s’apprête à faire une différence dans ses nouveaux postes afin de favoriser l’accès à l’éducation, au sport et au loisir. Des moyens concrets pour qu’une personne prenne sa place dans la société.

En rafale

Un talent caché ?
Je fais des vitraux et j’ai déjà eu mon commerce, en plus d’offrir des cours. J’ai toujours eu un côté artiste en moi.

Le dernier livre que tu as lu ?
Que faire des cons? (pour ne pas en rester un soi-même) de Maxime Rovere. C’est un essai philosophique sur la connerie et c’est vraiment intéressant.

Ton idole sportive ?
La paranageuse Elisabeth Walker. C’est une amie et nous avons à peu près le même âge. Elle est d’une discipline d’enfer et elle était mon exemple à suivre quand je suis arrivée dans l’équipe nationale.

Ta matière préférée lorsque tu étais à l’école ?
La philosophie et la sociologie.

Si tu pouvais prendre la place de quelqu’un, qui ce serait ?
Le syndicaliste Michel Chartrand ou sa femme Simone. Michel, pour son audace et son « je-m’en-foutisme ». Il avançait et défonçait des portes. Il était un homme convaincu.

Ton plaisir coupable ?
J’aime les clowns.

Ton mets préféré ?
Les shish-taouks.